Depuis la fin de l’ARENH au 1er janvier, le confort des revenus garantis s’efface devant la réalité du marché. Pour les DAF du stockage et de l'hydrogène, le défi n'est plus seulement de construire, mais de convaincre des banques devenues allergiques au risque de prix.
Financement EnR : Le défi du « Merchant Tail » en 2026

Le paysage du financement de projet en France vient de connaître un séisme silencieux. Avec l'entrée en vigueur de la PPE 3 ce mois-ci et la disparition des tarifs régulés historiques, le modèle du « 100 % sécurisé » a vécu. Pour les directions financières des acteurs de l'hydrogène décarboné et du stockage, l'heure est à la gestion du Merchant Tail : cette part de la production non couverte par contrat, exposée aux vents violents des marchés de gros.

La fin de l'insouciance bancaire

Jusqu’en 2025, le calcul était simple : un PPA (Power Purchase Agreement) sur 15 ans et une dette senior couverte à 90 %. En février 2026, les banques françaises, échaudées par la volatilité post-ARENH, ont durci leurs critères.

« Nous observons une hausse du coût de la dette de 30 à 50 points de base pour les projets présentant une exposition merchant supérieure à 20 % », confie un banquier d'affaires spécialisé dans l'énergie.

Pour le DAF, cela signifie que le WACC (coût moyen pondéré du capital) des futures installations de stockage ou d’électrolyse va mécaniquement augmenter, menaçant la rentabilité finale des projets déjà en pipe.

Le stockage et l'hydrogène en première ligne

Contrairement au solaire classique, les actifs pilotables comme les batteries ou les électrolyseurs sont intrinsèquement liés aux spreads de prix.

  • Le risque de cannibalisation : Plus il y a de stockage, plus les écarts de prix se resserrent, réduisant les marges futures.

  • La sélectivité de la PPE 3 : Si le soutien public de 8,2 milliards d'euros est confirmé, il se concentre désormais sur les projets capables de prouver leur résilience sans subvention à l'horizon 2030.

La stratégie du DAF : L'ingénierie du risque

Face à ce "mur du financement", la direction financière doit muter en salle de marché. La solution ne réside plus dans l'attente d'une subvention, mais dans la structuration de PPA hybrides et l'utilisation de produits dérivés de couverture (hedging) à long terme.

L’objectif est clair : stabiliser les flux de trésorerie pour redonner de la visibilité aux prêteurs. Dans ce contexte, la capacité à modéliser des scénarios de prix ultra-précis est devenue l'avantage concurrentiel numéro un pour obtenir un levier bancaire favorable.


Les 3 points clés à retenir :

  • Durcissement bancaire : Les prêteurs exigent désormais une analyse de sensibilité poussée sur la part "Merchant" des revenus.

  • Prime à la pilotabilité : La PPE 3 favorise les projets hybrides (production + stockage), mais avec une exigence de rentabilité intrinsèque accrue.

  • Nouveau rôle du DAF : Le pilotage financier bascule vers l'ingénierie de couverture et la négociation de structures de dette plus flexibles (type sculpted debt).

Le DAF de 2026 n'est plus un simple gestionnaire de coûts, c'est un architecte du risque de marché. Ceux qui sauront rassurer les banques sur la gestion de leur "Merchant Tail" seront les seuls à pouvoir financer la gigafactory ou le parc de batteries de demain.

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