En ce début d'année 2026, une révolution silencieuse s'achève dans les couloirs des directions financières françaises : le budget annuel, exercice quasi-religieux de fin d'année, est en train de disparaître au profit du Rolling Forecast (prévisions glissantes). Pour les DAF, ce n'est pas seulement un changement d'outil, c'est un changement de culture organisationnelle qui répond à l'instabilité chronique de l'économie mondiale.
Le constat d'échec du budget traditionnel
Le budget "statique", conçu en octobre pour l'année suivante, n'a jamais semblé aussi obsolète qu'en 2026. Entre la volatilité des prix des énergies décarbonées, les réajustements fiscaux imprévus de la Loi de Finances (voir Thème 3) et les ruptures technologiques de l'IA, les hypothèses posées en automne sont souvent caduques dès la fin du mois de janvier.
Le coût caché du budget traditionnel est colossal : des milliers d'heures passées par les opérationnels et les contrôleurs de gestion pour construire une cible qui servira de base à des primes d'intéressement, mais qui ne reflète plus la réalité du marché après trois mois. En 2026, le DAF ne peut plus se permettre de piloter à l'aveugle avec un référentiel périmé.
Le mécanisme du Rolling Forecast : L'horizon permanent
Contrairement au budget classique qui s'arrête au 31 décembre, le Rolling Forecast maintient un horizon constant, généralement de 15 à 18 mois. Chaque trimestre (ou chaque mois pour les secteurs les plus volatiles comme le retail ou l'énergie), la direction financière réévalue ses prévisions en ajoutant un nouveau bloc de temps à l'horizon.
Cette approche permet de lisser la charge de travail tout au long de l'année. En janvier 2026, les entreprises matures ne font plus de "grande messe" budgétaire. Elles procèdent à des ajustements dynamiques basés sur les données réelles du mois précédent. Cela permet au DAF de donner une vision claire aux investisseurs et au Conseil d'Administration, non pas sur ce que l'on espérait faire en octobre dernier, mais sur ce que l'entreprise est réellement capable de délivrer au vu des conditions actuelles.
L'IA comme moteur de la prévision glissante
Le passage au Rolling Forecast a longtemps été freiné par la lourdeur administrative du processus. En 2026, ce frein a été levé par l'IA prédictive. Les algorithmes ingèrent désormais des volumes massifs de données exogènes (indices de prix des matières premières, tendances de consommation, météo, parités monétaires) pour suggérer des révisions de trajectoire.
L'apport de l'IA permet au contrôleur de gestion de passer du rôle de "compilateur de fichiers Excel" à celui de "challenger des hypothèses". La machine propose une base de prévision (le baseline forecast), et l'humain intervient pour y intégrer les décisions stratégiques ou les signaux faibles que l'algorithme n'a pas encore captés. C'est cette symbiose qui rend la prévision glissante fiable et agile en 2026.
Un défi culturel majeur : Redéfinir l'intéressement
Le plus grand obstacle au Rolling Forecast en France n'est pas technique, mais managérial. La plupart des systèmes de bonus et d'intéressement des cadres sont historiquement indexés sur le "respect du budget". Si le budget devient mouvant, comment évaluer la performance ?
Les DAF de 2026 répondent à ce défi en introduisant des indicateurs de performance relatifs (Relative Performance Evaluation). On ne juge plus un manager sur sa capacité à coller à un chiffre fixé 12 mois plus tôt, mais sur sa performance par rapport à son marché ou par rapport à des scénarios ajustés. C'est une mutation profonde qui demande un soutien total de la Direction Générale et des Ressources Humaines.
Vers une allocation dynamique du capital
Enfin, le Rolling Forecast libère la gestion des investissements (CAPEX). Au lieu de verrouiller une enveloppe annuelle d'investissement en janvier, le DAF peut réallouer les fonds en cours d'année vers les projets les plus prometteurs ou les plus urgents (comme la cybersécurité, voir Thème 7). Cette agilité financière est devenue le principal avantage compétitif des ETI françaises face à des concurrents plus lourds et plus rigides.
Pourquoi basculer maintenant ?
Pour gagner en Réactivité : Ajuster ses prix et ses stocks en temps réel face à l'inflation ou la déflation sectorielle.
Pour gagner en Précision : Réduire l'écart entre prévision et réalité (le forecast bias) grâce à l'IA.
Pour gagner en Sérénité : Supprimer le pic de stress de la période budgétaire de fin d'année.